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mardi 17 octobre 2023

Interview de Roger Malvezy, dessinateur pour Elvifrance

 

Cet article aura tardé à venir !
Au début de l'année, j'ai mis en ligne sur ma chaîne Youtube une nouvelle interview, réalisée cette fois en collaboration avec Florian Hien, un ami qui porte un projet de documentaire sur un sujet très précis : la BD de poche pour adultes, et plus précisément, ces BD de kiosque essentiellement commercialisées dans l'Hexagone par Elvifrance, dans les années 70-90, et en provenance d'Italie.

Tout a commencé quand Florian a découvert par hasard, en brocante, quelques publications d'Elvifrance, il y a presque 2 ans. Se renseignant sur le sujet, il a acheté le livre de Christophe Bier, Pulsions graphiques, et celui de Bernard Joubert, Elvifrance, l'infernal éditeur.
Concernant ce dernier ouvrage, sous un article du site BDZoom qui y est consacré, on pouvait lire parmi les commentaires :
"Je suis un dessinateur de BD ayant travaillé pour Elvipress de 1972 à /75 et j’ai bien connu M.G. Bielec. Puis je me suis rendu directement à Milan aux Editions Ediperiodici où j’ai réalisé de nombreux fascicules de Terror, Outre-Tombe, De Sade etc. Maintenant, heureux retraité je ne dessine plus que pour mes amis et sur Facebook pour le plaisir ! Bien cordialement …."
http://bdzoom.com/136745/actualites/elvifrance-l%E2%80%99ouvrage-de-reference-et-de-deux/
Ce message était signé par un certain Roger Malvezy.
C'est ainsi que Florian a suivi sa trace sur Facebook, et l'a contacté (par courrier, à l'ancienne) pour lui proposer une interview.

Et c'est de cette première interview qu'est né aussi le projet de documentaire de Florian.
Roger a été le premier artiste que nous avons rencontré, en octobre 2020, mais nous en avons vu une bonne vingtaine depuis, majoritairement en Italie.
Nous savions toutefois, dès la première rencontre avec Roger, qu'il fallait que l'on fasse une vidéo séparée sur lui, tant il était adorable et fascinant, d'autant plus que son témoignage fonctionnait comme récit à part entière.

Je remercie grandement Florian, sans qui cette vidéo ne se serait jamais faite ; le sujet avait beau m'intéresser, ayant été un gros lecteur d'Elvifrance, je n'étais pas certain de pouvoir en tirer une bonne interview vidéo, en n'ayant, comme illustrations, que des images fixes (à l'inverse des extraits de films que j'utilise habituellement).
Mais Florian a insisté, et à raison, car je me suis rendu compte que je m'étais trompé. Il faut dire aussi que la fluidité des paroles de Roger, et l'intérêt de son propos, font qu'on est happés par ce qu'il raconte.
La collaboration de Florian sur l'écriture et le montage a mené à de nombreuses discussions et désaccords avec moi, mais qui ont permis de tirer le meilleur résultat possible, en se nourrissant mutuellement d'idées que nous n'aurions pas eu seuls.



Comme vous pouvez le voir dans l'interview, la vie et la carrière de Roger ont été très riches, mais il y a encore d'autres choses qu'il n'a pas évoquées devant notre caméra, et que nous avons apprises depuis.
"Roger Malvezy" est en réalité son nom d'artiste ; son vrai nom est Roger Malvezzi, et il le doit à ses origines italiennes. Il en a changé l'orthographe car ses éditeurs lui ont demandé, en début de carrière, d'effacer ces origines pour prendre un nom ayant l'air plus français. Ironiquement, à un autre moment, il lui a fallu prendre un surnom à connotation américaine, d'où le pseudonyme "Peter", dont il s'est servi notamment pour signer son premier dessin de pin-up réalisé à l'aérographe.

Quant à sa toute première pin-up, elle a été éditée dans "V magazine", revue marseillaise ayant existé de 1944 à 1955, où Roger est rentré grâce à l'illustrateur Jean David (aka J. David, aka Joduc). Le même Jean David qui illustra des couvertures de romans pulps sexy et de BD petits formats pour différents labels d'André Guerber, un éditeur connu pour sa filouterie, et dont on aura l'occasion de reparler plus amplement dans le film de Florian.


Dans l'interview ci-dessus, Roger évoquait sa première BD publiée à 17 ans ; mais dans la même période, en 1946-47, il a aussi été pianiste (toujours en autodidacte !) dans deux bars américains, Le Bouquet et Le Régina.

L'artiste s'est aussi retrouvé à faire l'acteur car il était très ami avec Marcel Pagnol, qui disposait d'un lieu où se tournaient des films.
Il a donc été acteur de publicités et figurant sur des longs-métrages, et notamment :
-En 1951 : "Bouquet de joie", un film avec Charles Trenet (qui n'est jamais sorti sur support physique).
-En 1953 : "Ma petite folie".
-Et en 1988 : "Love kills", un petit film tourné à Marseille, avec l'actrice Sylvie Philibert (je n'ai trouvé aucune trace de l'existence de ce film ; peut-être n'est-il jamais sorti ?)

Et en plus d'avoir été reporter-photo pour Marseille magazine, il a aussi exercé en tant que photographe pour des catalogues de maillot de bain, ou pour des revues de charme (notamment le magazine "Sexy-now", en 1953).


Pour ce qui est des bandes dessinées d'Elvifrance sur lesquelles Roger a travaillé, il est compliqué d'en établir une liste complète, car l'artiste lui-même n'a pas pu nous en fournir.
Voici ce qu'on a pu lui attribuer avec certitude, à partir des numéros que possède Roger et de BD qu'on a retrouvées par hasard où l'on a reconnu le style de l'artiste, mais aussi d'infos récoltées dans le livre Immaginario sexy Volume 1, et sur internet, notamment grâce au forum VintagErotiComics (où il est crédité en tant que "Malvesy") :
https://vintageroticomics.forumcommunity.net/?t=54698383
https://vintageroticomics.forumcommunity.net/?t=54698659

Je vais lister ci-dessous les publications françaises (avec leur titre original italien, quand je l'ai retrouvé) puis les BD exclusives à l'Italie (ou dont je n'ai pas retrouvé l'édition française, en tout cas), en indiquant à chaque fois, quand je le sais, si Roger a fait les dessins intérieurs, la couverture, ou les deux.
Il est intéressant de noter que certaines BD publiées à l'origine dans les séries Terror se sont retrouvées dans Outre-tombe, ou inversement, ou même dans d'autres séries.


BD françaises :

-Outre-tombe #13 "Le coffret des macchabées" (Oltretomba #31 "Lo scrigno dei maccabei") : Dessin.
-Outre-tombe Hors-série #3 "Le vaisseau fantôme" (Terror Gigante 13 "Il vascello fantasma") : Quelques planches rajoutées à celle du dessinateur original, qui est Milo Manara.
 
-Terror #15 "Le quadrille de l'enfer" (Oltretomba #23 "La quadriglia infernale") : Dessin et couverture.
-Terror #16 "Robert le diable" (Oltretomba #30 "Roberto il diavolo") : Dessin et couverture.
-Terror #19 "La vengeance du Malin" (Oltretomba #32 "La vendetta del maligno") : Dessin et couverture.
 
-Série bleue #14 "Cœur de sorcière" (Oltretomba #86 "Cuore di strega") : Dessin.
-Série bleue #18 "Trois pas dans l'au-delà" (uniquement la seconde histoire, "Nuée verte", issue de Oltretomba #64 "Nebbia verde") : Dessin.
-Série bleue #29 "L'œil assassin" (uniquement la seconde histoire, "L'armée des morts", issue de Oltretomba #43 "L'esercito dei morti") : Dessin.

-Série verte #67 "L'arche de l'horreur" (Terror #41 "La villa delle semibelve") : Dessin.


BD italiennes :
-Oltretomba #63 "Polvere sei, zombi diventerai !" : Dessin.

-Terror #46 "L'orgia del potere" : Dessin.
-Terror #71 "Dall'oriente con furore" : Dessin.

-EP Doppio Super #7 "De Sade : Una strega a Parigi" : Dessin.


Autres BD pour adultes :

-Frissons #1 (édité par André Guerber) : Dessin.
-Allô police #1 (édité par André Guerber) : Dessins sur plusieurs publicités pour d'autres publications de l'éditeur, dont Frissons.
-Candida #1 : Couverture. A noter qu'il s'agit davantage d'une revue, qui se décrit comme un "mensuel d'humour et sans complexes", mais qui contient de nombreux dessins et strips comiques, avec une touche d'érotisme.


mardi 21 décembre 2021

Interview : Souvenirs de tournage, bidasseries et érotisme, avec Alain Nauroy


Lorsque nous avions rencontré Jean-Marie Vauclin et Daniel Derval (voir cet article) il y a maintenant plus de deux ans, ils nous parlaient déjà avec enthousiasme d’un de leurs anciens collaborateurs, rencontré sur le tournage d’une comédie franchouillarde, et avec qui ils étaient restés amis depuis toutes ces années.
Il s’agissait d’Alain Nauroy, qui a quelques fois occupé le poste de réalisateur, mais a surtout été assistant, pour quelques cinéastes dont les noms parleront aux amateurs de comédies hexagonales : Serge Korber, Philippe Clair, Hervé Palud, Edouard Molinaro, Robert Thomas, …
Jean-Marie Vauclin nous décrivait Alain comme un assistant-réalisateur très doué, adoré par les acteurs.
Et quand on parcourt les titres de sa filmographie, cela fait encore plus rêver : Mon curé chez les nudistes, Les surdoués de la première compagnie, Brigade mondaine : Vaudou aux Caraïbes, Charlots connection, Ces flics étranges venus d’ailleurs, Les Brésiliennes du bois de Boulogne, Rodriguez au pays des merguez, et bien d’autres encore…
 
Lorsque nous avons enfin rencontré Alain, il a toutefois voulu modérer nos attentes, en minimisant son rôle : en tant qu’assistant, il n’était pas impliqué dans le processus créatif des films, et pour certains tournages il ne garde que des souvenirs sans lien direct avec l’œuvre.

La rencontre a tout de même été très agréable, et ci-dessous vous trouverez un condensé de notre interview ; j’ai fait à l’écrit le même travail que j’aurais fait avec un montage vidéo, en rajoutant entre crochets des annotations et précisions. Les rajouts les plus longs sont en orange pour mieux les démarquer des réponses d'Alain.

Ce témoignage peut se voir comme un complément de la vidéo sur Jean-Marie et Daniel ; il nous parle d’une certaine période du cinéma français, où la comédie et le film porno ou érotique s’entremêlaient parfois dans la filmographie d’un même cinéaste, comme ça a été le cas pour Max Pécas ou Michel Caputo.
Ce témoignage met aussi en lumière les aléas méconnus d’une carrière dans le 7ème art, portée par le hasard plus que par des choix, et marquée aussi bien par les occasions manquées que celles qui ont été saisies.

Alain (en bas à gauche) sur le tournage de Les feux de la chandeleur.

Comment as-tu débuté dans le cinéma ?
J’ai débuté dans le cinéma par d’abord un désir fou de faire de la mise en scène. J’étais désireux de faire des films sentimentaux, romanesques, qui allaient de Géant à Autant en emporte le vent.
Je suis parti pour Paris à 18 ans, et je ne savais pas bien comment rentrer là-dedans, parce que les gens normaux, ils faisaient l’IDHEC [l’Institut des Hautes Etudes Cinématographiques], et moi j’avais pas la fibre des études.
J’avais la chance d’être au service de presse d’un festival de courts-métrages à Tours, et donc je rencontrais des gens pour faire des articles dans le magazine quotidien de ce festival. Et c’est comme ça que j’ai été amené à rencontrer Serge Korber, que d’ailleurs j’ai d’abord pris pour Claude Chabrol !
Et du coup, je l’ai baratiné d’une manière telle que mon enthousiasme de cinéphile a séduit Serge Korber et son épouse. Serge faisait des tas de courts-métrages, et peu à peu, il m’a apporté… enfin, il m’a supporté ! C’est un grand mot, mais c’est vrai que je ne savais rien !
 
Alain, à gauche, dans son rôle d'écossais.
Quand est-ce que tu as débuté en tant qu’assistant-réalisateur ?
La première fois que j’ai été assistant, c’était en 1965, et c’était un film de Serge Korber, Le dix-septième ciel, et donc là j’étais deuxième assistant. [Sur certains tournages, le réalisateur a non seulement un premier assistant réalisateur, mais aussi un second assistant, placé en-dessous dans la hiérarchie.]
Mais surtout j’étais acteur. Et je jouais [un rôle] dans un hôtel dans lequel il n’y avait aucun client, sauf moi, un écossais, qui disait toujours « It is a strange country ».
Donc ça c’était mon premier long-métrage ; le vrai film comme premier premier assistant c’était dans Le distrait, de Pierre Richard.
Parce qu’avec Pierre Richard, on avait fait un court-métrage, dont je ne me rappelle presque plus l’histoire, mais je me rappelle le titre : ça s’appelait Une starlette au haras [jeu de mot sur le nom de l’héroïne d’Autant en emporte le vent, Scarlett O’Hara].
Et Pierre Richard jouait dans ce film et l’a [co-écrit avec Bernard Guillou]. J’étais son homme à tout faire, et on avait beaucoup sympathisé. Et quand il a obtenu le financement de la Gaumont et de [Les productions de] la Guéville pour faire Le distrait, il m’a appelé.
 
Peux-tu expliquer en quoi consistaient tes tâches en tant qu’assistant ?
Le travail d’assistant, ça a été ma première déception, parce que je croyais naïvement qu’il s’agissait d’une fonction artistique, alors que c’était un travail d’organisation. On fait le plan de travail, on fait les feuilles de service, … ça n’a rien d’artistique.
Alors la seule chose agréable c’est que quelques fois, comme certains metteurs en scène, comme Philippe Clair, jouaient aussi un rôle dans leurs propres films, j’étais amené à diriger certaines scènes. Ça, c’était gratifiant !
Une chose aussi c’est qu’à l’époque, il n’y avait pas de directeur de casting. Donc l’assistant, souvent, [s’en occupait].
Et moi j’ai fait des castings de films, y compris par exemple pour le film de Philippe Clair, Comment se faire réformer ; c’est comme ça que j’ai rencontré d’ailleurs Daniel Derval.
Mais j’ai une chose dont je suis assez fier : j’ai fait le casting d’un film de John Frankenheimer, qui s’appelle L’impossible objet, avec Dominique Sanda et Alan Bates. Et l’histoire était celle d’un peintre surréaliste, et à un moment donné, il rêvait de tableaux de [Paul] Delvaux qui s’animaient. Et donc j’ai fait tout le casting [pour les personnages de ces tableaux].
 
Mais il y a aussi autre chose, c’est que je participais souvent au choix des costumes des comédiens.
Je peux participer aussi au choix des décors. Par exemple on tournait le clip de la chanson Mirador de Johnny Hallyday, et puis en repérant, puisque j’avais trouvé le décor [de la prison], je dis au metteur en scène, Hervé Palud, « Et si j’étais un prêtre ? ».
Et c’est comme ça que je suis dans le clip, on me voit bénissant les prisonniers.
 
Sur le tournage du clip de Mirador.


Ce n’est pas indiqué dans ta filmographie, mais tu as aussi été stagiaire sur L’homme orchestre (1970), toujours de Serge Korber.
C’était mon plus long stage ; parce qu’elle a duré 24 semaines, cette expérience !
Et surtout, ce qui était très rigolo, c’est que mon rôle consistait à rameuter les danseuses qui étaient au moins 20 et qui s’éparpillaient aux quatre coins des studios de Billancourt.
Je n’ai jamais couru derrière autant de femmes de toute mon existence !
 
Sur le tournage de L'homme orchestre, avec Louis de Funès (Alain est au fond, à droite).

Contrairement à ce qu’on peut lire sur IMDb, ton premier film en tant que metteur en scène est La villa / Le feu au ventre, sorti en 1975, soit après environ 10 années où tu étais assistant.
Comment es-tu passé à la réalisation ?
J’avais écrit un film qui était une adaptation gay de Manon Lescaut, de l’abbé Prévost, sauf que c’était Manuel Lescaut. Et tout ça est tombé à la rue, et alors un producteur qui débutait, Jean-Pierre Sammut, a dit : « Écoute, je peux pas te produire ce film, mais on va faire un film ensemble, un film érotique. Ça te fera une expérience. »
Et c’est comme ça qu’on a fait La villa. Ça s’est vite fait, j’ai fait écrire le scénario par Michel Vocoret.
[Vocoret était un acteur-scénariste-réalisateur lui aussi habitué au film érotique et à la comédie franchouillarde ; il compte dans sa filmographie des films tels que Embraye bidasse… ça fume, A bout de sexe, et Le retour des bidasses en folie.]
 
Et puis nous avons tourné [La villa] dans la foulée. C’est mon premier film comme réalisateur et c’était un film dit "érotique". Sauf qu’on est passés, sans transition, pendant quelques mois, du cinéma érotique au cinéma pornographique, et que ce film a été ensuite post-bidouillé, et on y a rajouté, à mon corps défendant, des scènes pornographiques.
[Car après l’élection de Valéry Giscard d’Estaing en 1974, il y a eu en France un relâchement de la censure, permettant la distribution de films pornographiques.]
 
Qu’est-ce qui fait que tu as continué dans cette voie après ce film ?
Mon jeune producteur, Jean-Pierre Sammut, n’a pas réussi à mettre sur pieds avec moi un autre long-métrage, et du coup j’ai accepté quelques propositions pornographiques de survie, si je puis dire.
J’ai [réalisé] quelques pornos, mais ça ne me rendait pas heureux. Dès que j’ai eu une proposition, je me suis retrouvé heureux de redevenir assistant.
La seule chose curieuse à dire, c’est que tout pornographique que fut cette période de films, il y a quand même quelques uns de ces films qui avaient un peu d’ambition, et il y avait des fois de vrais acteurs.
Dans Lâche-moi les valseuses, qu’avait écrit pour moi Hervé Palud [le futur réalisateur d’Un indien dans la ville et Mookie], et dans lequel il joue, j’avais réussi quand même à obtenir comme acteurs Philippe Clair, Roland Blanche [Nikita, Bernie, Les compères, …], Philippe Khorsand [Les compères, Inspecteur La Bavure, …].
 
[Bien que Lâche-moi les valseuses soit un film érotique, tous les acteurs mentionnés ci-dessus ne sont pas impliqués dans les scènes de sexe.
Philippe Clair, le fameux réalisateur de La grande java, Le fürher en folie, et Plus beau que moi, tu meurs, tient un rôle comique de pompiste, dans une scène qui ressemble à un sketch déconnecté du reste du film.]

  
 
Alain Nauroy et Philippe Clair.

Nous, Lâche-moi les valseuses, on l’a tourné en 12 jours, et Philippe Clair était très impressionné : « Mais comment vous arrivez à faire un film en 12 jours ? Moi, le dernier, Le grand fanfaron, j’avais 12 semaines », et il m’a dit : « Alain, tu vas venir avec nous ». Et il m’a engagé pour faire Comment se faire réformer, et c’est là qu’a commencé une collaboration et de l’amitié.
On a finalement tourné Comment se faire réformer, je sais pas, je dirais peut-être en 4 semaines, et ça, ça l’avait impressionné.
 
[Comment se faire réformer fait partie du sous-genre cinématographique du film de bidasses, un type de comédie populaire en France dans les années 70-80, tournant autour de l’armée et de soldats souvent tire-au-flanc, à une époque où le service militaire était encore obligatoire.
Alain en a tourné un lui-même, Faut s’les faire… ces légionnaires, sorti en 1981. Le film se démarque surtout par quelques gags visuels à l’esprit très cartoonesque.
C’est par ailleurs sur ce tournage que se sont croisés pour la première fois Daniel Derval et Jean-Marie Vauclin, bien qu’ils aient peu de scènes en commun.]
 


Peux-tu raconter comment tu en es venu à réaliser ta seule comédie, Faut s’les faire… ces légionnaires ?
Tout le monde en faisait, des bidasseries, et à un moment donné, après des années où, sur ces bidasseries, j’étais assistant, un producteur me dit : « Écoute, c’est bien gentil, mais tu vas nous en faire un toi aussi, un film de bidasses ? ». Alors, d’accord, mais ça sera pas des bidasses dans une caserne, comme dans tous ces films-là, ça sera à la Légion !
Et le producteur en question, c’était Jean-Pierre Rawson, il m’a dit : « Eh bien on va se débrouiller », et en un coup de fil à Tunis, à Tarak Ben Ammar, qui à l’époque était un producteur qui montait, qui était aussi en cheville avec Hollywood, il a tout de suite accepté de nous recevoir.
On s’est retrouvés quelques jours après en Tunisie, et là, avec la complicité [du scénariste] Victor Beniard, et aussi de Daniel Derval, qui était du voyage comme acteur, nous avons écrit en quelques semaines le film, puis nous l’avons tourné.
Et c’est vrai que c’était ma première mise en scène "officielle", et comique.
 
Est-ce que tu peux me parler plus en détail du film ?
Je peux pas en dire grand chose parce que, tu sais, c’était un film à exécuter tambour battant, parce qu’on avait un petit budget. On aurait dit que c’était un acte magique, tu sais : on te propose de faire un film, tu appelles un producteur, qui… à l’époque, Tarak c’était pas n’importe qui, il préparait Pirates de Polanski en même temps, et en plus, juste avant que nous arrivions, il hébergeait le tournage des Aventuriers de l’arche perdue [en tant que "production coordinator"].
Ce qui fait que quand il est parti, Spielberg, moi le lendemain j’arrivais, et j’ai hérité de son assistant, Youssef Lakhoua. Et d’ailleurs on a tourné dans des lieux que Spielberg avait utilisés aussi !
 
Qu’est-ce qui fait que tu as arrêté la réalisation, peu après ce film ?
Il y a eu un événement un peu triste, c’est qu’aussitôt après Les légionnaires, un producteur, je crois que c’était Jean Luret, me propose de réaliser une comédie, encore une. Et avec un ami de Daniel Derval, Jacques Gelat [crédité en tant que "Jacques Paradis"], nous avons écrit une comédie qui s’appelait Les p’tites têtes ; malheureusement, pour que le film se fasse, il fallait que le rôle principal soit interprété par Bernard Menez. Et Bernard Menez a dit « D’accord, moi je veux bien jouer le rôle principal, mais je veux réaliser ». Donc j’ai été dépossédé de la réalisation des P’tites têtes, dont je suis seulement le co-auteur.
Et puis après, je ne voyais plus rien venir, je ne voyais plus de projets d’écriture, je ne voyais plus de propositions de mise en scène, je me disais « Je vais pas rester pendant deux ans à ne rien faire », et… bah, dès que l’assistanat est revenu… après tout, c’est ce que je sais encore faire le mieux.
 
 
Avec Johnny Hallyday sur le tournage de la série David Lansky, réalisée par Hervé Palud.
 
Si tu devais faire le bilan de ta carrière, de quoi est-ce que tu es le plus fier ?
Oh, je crois que je suis le plus content d’avoir existé, d’avoir finalement, comme je le voulais, pu faire du cinéma, et le faire pendant plus de 60 ans, au moins. Donc finalement, je suis fier de rien, je suis fier d’avoir duré !
Je continuerai d’aimer le cinéma, mais avec une espèce de passivité ; je ne vois pas les films nouveaux, je trouve que j’ai suffisamment de… comme disait Baudelaire – je paraphrase – il disait : « J’ai plus de livres en moi… », moi je dis : « J’ai plus de films en moi que si j’avais 1000 ans ». Et j’aime bien citer Baudelaire, donc ça fait une belle conclusion !

- - - - -

Pour finir, précisons qu’Alain a pu nous informer qu’une certaine rumeur était fausse : selon plusieurs sites, dont IMDb et Wikipedia, Igor Aptekman, le scénariste notamment d’Un Indien dans la ville, serait un pseudonyme de Jean-Marie Pallardy, le réalisateur du nanar culte White fire.
Il s’avère en fait qu’Igor Aptekman n’est pas la même personne ; il existe bel et bien, et il n’utilise pas de pseudonyme.
 
 
Cette interview s’est faite avec l’aide de Jean-Marie Vauclin, Daniel Derval, et Gabriel Gerbaulet.

lundi 2 mars 2020

Interview de Bruno Zincone, monteur de Raymond Depardon et Jean-Marie Pallardy

 
Bruno Zincone durant son interview, et Bruno Zincone dans Kill for love

Parmi mes nanars favoris, il y a Kill for love de Jean-Marie Pallardy, et c'est en partageant un extrait sur Twitter qu'une abonnée m'a dit avoir rencontré le réalisateur... parce qu'elle travaille avec son monteur, Bruno Zincone !
En me renseignant, j'ai vu la diversité des œuvres auxquelles avait participé Zincone, qui a fait ses débuts sur un documentaire de Raymond Depardon (photographe ayant reçu la légion d'honneur en 2016), a travaillé avec Jean-Pierre Mocky, a réalisé Gros dégueulasse et Emmanuelle 6, et a collaboré à tout un tas de nanars.
Je me doutais qu'il aurait beaucoup de choses à raconter, et j'en ai eu la confirmation dès que je l'ai eu au téléphone : il avait une vision lucide de sa carrière et ne rechignait à aborder aucun sujet.

Ça m'a là encore donné l'occasion de rencontrer un homme des plus sympathiques, et en plus d'anecdotes hilarantes, je trouve que son témoignage met en lumière une réalité méconnue du monde du cinéma.

Mais s'il y a une chose à retenir surtout... c'est qu'il faut toujours partager des extraits de ses nanars favoris sur internet !


Dans les prochains jours, je partagerai sur le blog de nombreuses photos de tournage que Bruno m'avait prêtées pour cette interview.

En attendant, je vous mets, en supplément, plusieurs anecdotes dont Bruno nous a fait part, pour la plupart en dehors de son interview :
-Il a monté le clip de "Chacun fait c'qui lui plaît" (dans lequel apparaît Jean-Marie Vauclin !)
-Aux débuts du Parc Astérix, il a créé tous les bruitages des automates.
-Il a rencontré sa femme, Florence Fontaine, grâce à Pallardy. Bruno montait l'un des films en Turquie, quand Florence a contacté Jean-Marie Pallardy en tant qu'actrice.
-Florence devait avoir plus de scènes dans Kill for love, notamment une où son personnage, amoureux de celui joué par Jean-Marie Pallardy, regardait son portrait dans sa chambre. Cela n'a jamais été tourné car Pallardy repoussait à chaque fois le moment de le faire, en se disant qu'il avait Florence sous la main pendant tout le tournage. C'est pour cela que Bruno a filmé de lui-même des plans où l'on voit Florence observer et écouter ce qui se passe dans le château, histoire qu'elle soit plus présente dans le film.
-Pallardy aurait perdu des opportunités de faire des films et aurait brûlé des ponts... en ne se gênant pas pour draguer des femmes de producteurs, même en leur présence.
-Pallardy devait faire un film avec Anthony Quinn, mais à force de trop faire tarder le projet, l'acteur est décédé entretemps. Il aurait aussi été en contact avec Rod Steiger et James Coburn.
Bruno attribue la présence de stars dans les films de Pallardy au fait que ce dernier ose aborder n'importe qui pour les embarquer dans ses projets ; il a aussi rencontré Sharon Stone par hasard, et aurait voulu la convaincre de jouer pour lui.
-Ayant travaillé sur Chômeurs en folie (une comédie d'une nullité abyssale, qu'on a dû s'infliger pour l'interview), Bruno a décrit son réalisateur, George Cachoux, comme un opportuniste, qui voulait faire du cinéma pour s'entourer de femmes, et qui était très porté sur le porno.
Bruno n'avait pas grand chose de plus à dire sur le film... qui nous a fait perdre des neurones pour rien, au final.
A noter que Cachoux avait aussi tourné Le chouchou de l'asile, comédie avec Daniel Derval qui était déjà bien gratinée (on l'a pas vue en entier, mais les extraits étaient terribles).
-Bruno ne connaissait pas (ou avait oublié) à quoi ressemblait l'affiche finale de Bactron 317. Il l'a découverte quand je la lui ai montrée. Il avait conçu sa propre affiche, qui n'avait pas été retenue.

-Quand il ne voulait pas signer un film en tant que monteur, il était crédité en tant que Camille Cizodor (sur L’insatisfaite, un film érotique de Pallardy, il s’appelle toutefois Guillaume Cizodor).
 

jeudi 17 octobre 2019

Interviews : Jean-Marie Vauclin et Daniel Derval

Ce projet de vidéo a germé en avril dernier, quand un de mes abonnés a laissé un commentaire sur ma critique de "Comment draguer tous les mecs". En relisant ce que j'avais rédigé au sujet du film, j'ai reconnu le nom d'un des acteurs, qui m'avait marqué par son look : Jean-Marie Vauclin.
Ce nom, je le connaissais car il s'avère que Norbert Moutier avait eu un projet de comédie avec cet acteur en vedette, et il lui avait aussi fait jouer un tout petit rôle dans Hemophilia.
Ce hasard m'a motivé à retrouver la trace de Vauclin et à le contacter.

Son interview devait au départ servir à mon documentaire sur Moutier, mais j'en ai profité pour lui poser des questions sur ses comédies... car dans les années 80, Vauclin faisait partie des vedettes de la comédie franchouillarde !
Et ce n'est que la veille de son interview qu'il m'apprit qu'il était encore en contact avec Daniel Derval, autre comédien phare de cette époque, qui a souvent joué pour Max Pécas.
Je n'avais pas du tout prévu que cette première rencontre avec Vauclin évolue en une vidéo à part entière sur lui, Derval, et la comédie Française des années 70-80... mais l'opportunité s'est présentée à moi, et je me suis dit que si je ne la saisissais pas, personne d'autre n'allait recueillir ces témoignages.
Moi qui jusque là n'en avais vu que très peu, je me suis plongé pour l'occasion dans pas mal de ces comédies.

Je suis content de pouvoir présenter ce point de vue sur tout un pan délaissé du cinéma Français, mais surtout je suis absolument ravi d'avoir rencontré ces deux personnalités hautes en couleur, et de pouvoir les mettre en avant par le biais de ces interviews.

Le duo est drôle et attachant, mais j'ai surtout eu l'occasion de voir plusieurs fois Jean-Marie Vauclin, qui est tout simplement un des types les plus sympathiques que j'aie rencontrés.
Après sa première interview, il nous racontait la fois où il était passé à côté d'un rôle de méchant car le réalisateur lui avait dit que ça ne pouvait pas coller : en voyant Vauclin, il avait envie d'être son ami. Et ça résume bien l'impression que laisse l'acteur.

J'espère que l'interview vous fera aimer, vous aussi, Vauclin et Derval :


Comme la compression Youtube est dégueulasse, j'ai aussi mis la vidéo sur Vimeo (c'est un peu mieux, mais comme le compte gratuit ne permet d'uploader que 500MO, j'ai dû pas mal compresser la vidéo avant de l'uploader... oh, well...)


Par ailleurs, un grand merci à Otto Rivers qui nous a aidé pour le second tournage, et dont la compilation musicale "Cocoricon 4" m'a beaucoup servi pour cette vidéo :
https://etendardsanglant.blogspot.com/2019/08/max-pecas-special-cocoricon-4-les.html

En bonus, quelques pubs de Vauclin que vous pouvez trouver sur Youtube :


jeudi 24 janvier 2019

Interview de Lloyd Kaufman à Cannes 2013

J'en parlais dans l'article précédent : j'ai finalement décidé de réuploader l'interview de Lloyd Kaufman que j'avais faite au festival de Cannes en 2013, après qu'on m'ait fait quelques retours.
Le son est vraiment pourri, mais Lloyd me fait trop marrer dans cette vidéo pour ne pas la re-partager. J'ai pensé à un moment ré-enregistrer mes questions, mais ça ne collait pas, j'ai donc tout sous-titré, d'autant plus que ça aide à éclaircir le propos de Lloyd Kaufman, qui fait quelques erreurs de français.
J'ai adapté certaines de ses phrases (c'est pour ça que ça diffère dès le "Soyez le bienvenue de Tromaville", qui est en fait sa traduction approximative de "Greetings from Tromaville").

J'ai supprimé plusieurs questions par rapport à la vidéo originale, parce qu'elles n'étaient pas intéressantes, ou n'étaient plus d'actualité.

dimanche 6 janvier 2019

Reportage : Troma au festival de Cannes 2013

Toxic avenger ressort en salles, Return to nuke'em high volume 2 est enfin sorti, et pour l'occasion le légendaire Lloyd Kaufman fait une tournée de projections et de dédicaces en France.
L'occasion parfaite pour que je déterre un montage vidéo que j'ai réalisé en 2013, alors que j'étais encore étudiant en école de cinéma.
Cette année-là, j'étais allé à Cannes pour assister à la projection du dernier film de Troma, et j'avais pris, au cas où, la seule caméra que j'avais à l'époque (une caméra DV cheap, avec prise de son direct), en me disant "on sait jamais, peut-être que je pourrai interviewer Lloyd Kaufman", sans trop y croire.
Il s'avère que Lloyd était incroyablement dispo et abordable auprès de ses fans ; j'avais demandé à un de ses assistants si je pouvais interviewer le boss, et j'ai dû attendre plusieurs jours, sans résultats. Mais en croisant Kaufman himself dans le Marché du film, je lui ai posé la question, et il a accepté direct ! Il se fichait de savoir si j'étais journaliste du Monde ou un étudiant qui écrivait juste pour un blog de ciné (j'appartenais à la 2nde catégorie, pour info), il a de suite fixé une date et une heure avec moi.
Et lorsqu'il a fallu décaler, il m'a personnellement appelé sur mon portable, pour s'excuser et trouver un nouveau rendez-vous.
C'était déjà incroyable de rencontrer quelqu'un dont j'adorais certains films, mais c'était encore plus dingue qu'il traite un simple fan avec autant d'égards (et ça fait quelque chose, quand le réalisateur de Poultrygeist t'appelles sur ton téléphone).

Durant mon séjour à Cannes, j'en ai profité pour filmer la Troma team au quotidien, obnubilé que j'étais par n'importe laquelle de leurs frasques, moi qui avais vu plusieurs fois le documentaire All the love you Cannes quand j'étais ado, et qui rêvais d'aller un jour au festival juste pour les croiser.
Le summum a été le tournage d'une séquence pour Return to nuke'em high volume 2, devant le Palais des festivals (sans autorisation, bien sûr). J'ai fait partie d'un de ces mutants qui crachent du slime vert, figure emblématique des productions Troma !

De retour de ce périple, je savais que j'avais suffisamment de rushes pour monter deux vidéos : une interview de Lloyd Kaufman, et un reportage sur le passage de Troma à Cannes.
Tandis que certains travaillaient sur leur projet de fin d'année, je monopolisais donc certains ordinateurs vacants dans les locaux de mon école de ciné, pour monter du Troma.
Et le travail avançait peu, car je n'arrêtais pas de montrer des extraits à n'importe quel étudiant passant par là, tellement fier d'avoir pu filmer tout ça.
J'ai plusieurs fois hésité à re-uploader mon "reportage" sur Youtube, car même si j'en étais terriblement fier à l'époque, j'avais utilisé le matériel très amateur que j'avais sous la main, et le son des interviews laisse vraiment à désirer.
J'ai quand même décidé de repartager ça, en réenregistrant quand même la voix-off, qui était encore plus horrible que le reste. Et comme je n'ai plus le projet de montage depuis longtemps, j'ai dû bidouiller pour remplacer la voix et la musique.

Au moins, vous allez voir l'ambiance que mettait la Troma team lorsqu'elle passait au festival, quand elle y était encore plus ou moins la bienvenue.
Pour ce qui est de l'interview complète de Lloyd Kaufman, dont j'étais également très fier, je ne sais pas encore si je la remettrai en ligne (ou alors dans une version raccourcie et sous-titrée) : le son est encore moins audible, et une partie du propos est devenu obsolète.

samedi 1 décembre 2018

Portrait vidéo : Dans l'antre d'Antoine Cervero


Dans le cadre de mon documentaire sur Norbert Moutier, j’ai rencontré Antoine Cervero, créateur d’effets spéciaux pour Alien platoon et Dinosaur from the deep. Egalement collaborateur de Julien Richard-Thomson et de Jean-Pierre Mocky, il continue aujourd’hui de créer : des peintures, des BD, et des monstres bricolés chez lui avec un peu tout ce qui lui tombe sous la main.

Je savais que je n’aurais pas assez de temps à consacrer à ses créations dans le documentaire, donc j’ai fait une vidéo séparée, une sorte de "bonus" bien avant la sortie du film, qui vous donnera aussi un avant-goût de ce que je prépare.

mardi 20 novembre 2018

Mais qu'est-il arrivé aux Royal Donuts ?

[NOTE : Cet article a été publié à l'origine le 7 septembre 2016 sur un autre blog, aujourd'hui disparu. Je le republie ici aujourd'hui pour ne pas perdre ce travail, et parce que je tiens toujours à faire connaître les créations d'Amaury Dupas et surtout de Julien War, car Thierry Levure et Danny Esteban restent encore mes webséries préférées, elle me font hurler de rire à chaque fois que je les revois.]


"Mais qu'est-il arrivé aux Royal Donuts ?", une question qui me revient à l'esprit, de temps à autres, et que j'estime être le mieux placé pour l'aborder, puisque je dois être le seul sur cette planète à me la poser.
Toutefois, l'interrogation qui doit sûrement vous assaillir maintenant, c'est "Mais c'est qui, les Royal Donuts ?"
Pour répondre à cela, revenons environ une dizaine d'années en arrière. Je devais être au collège lorsque j'ai découvert le défunt site Cine-courts.com. Il m'a fallu ressortir mon DVD de George Lucas in love, édité par ce site, pour en retrouver le nom, puisque Ciné-Courts a aujourd'hui disparu. Quelle ironie que leur DVD, qu'on peut encore trouver régulièrement dans les magasins d'occasion, leur ait survécu !
Comme son nom l'indique, Ciné-Courts, créé en 1999, partageait des courts-métrages divers, mais une série de vidéos en particulier avait attiré mon attention, titrée Refais ton film préféré à la maison.
Il s'agissait de sketchs pour les chaînes du bouquet CinéCinéma (aujourd'hui renommé Ciné+), où le duo des Royal Donuts, à savoir Julien War et Amaury Dupas, détournaient des blockbusters avec leurs propres moyens, et ce avant même que Michel Gondry ne le fasse avec son Soyez sympas, rembobinez.
Sur internet, je n'ai le souvenir que de 5 épisodes disponibles, qui portaient sur Men in black, Jurassic park 3, Fast and furious, Il faut sauver le soldat Ryan, et Mulholland drive.
N'ayant aucune chaîne du câble ou du satellite, je ne pouvais qu'imaginer les autres parodies à côté desquelles je passais !

Voici une vidéo réunissant plusieurs épisodes :

Je n'avais pas revu ça depuis des années, peut-être un peu de crainte que ça me plaise moins que lorsque j'étais ado, mais en fait ça me fait toujours autant marrer. C'est mon type d'humour ; c'est très idiot mais bien écrit et bien rythmé.
Et je pense que ce côté semi-amateur m'avait plu parce que ça donnait l'illusion que c'était à la portée de tous, ce qui donnait du coup envie de se saisir d'une caméra aussi.

Ça paraît fou mais en revoyant ça, je me rappelle aussi que certaines répliques m'avaient marqué, au point que je les ressortais régulièrement par la suite.
Et je pense que je m'étais inspiré de ces vidéos pour trouver le ton de mon propre film suédé, lorsque Dailymotion avait lancé un concours pour la sortie de Soyez sympas, rembobinez ; je voulais faire quelque chose se situant entre l'hommage et la parodie.
(autre anecdote bidon mais qui atteste également de mon appréciation des Royal Donuts à l'époque : lors de ma première inscription sur Blogger, j'avais choisi une photo de Starfuckers en avatar)

Les Royals Donuts ont également réalisé une autre série de vidéos, toujours pour les mêmes chaînes, portant sur le lexique du cinéma :


Puis, aux environs de 2005-2006 je dirais, j'ai appris l'annonce d'un long-métrage de leur part, nommé Starfuckers.
Il existait alors un site, avec plusieurs teasers, où l'on voyait Amaury et Julien en costumes de super-héros cheaps, s'en prendre à des stars : on les voyait pisser sur les chaussures de Thierry Lhermitte et prendre Corbier ou Amanda Lear en otage.
On peut encore trouver la fiche sur Allociné : http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=112260.html
Aucune date annoncée sur l'affiche, juste un simple "Cet hiver, les stars vont morfler". Mais l'hiver de quelle année ?!
Plus le temps passait, moins j'imaginais le film sortir un jour. Et puis le site de Starfuckers a disparu...
Il existe également une fiche sur SensCritique ! Bon ok je l'avoue, c'est moi qui l'ai créée il y a 5 ans, et encore aujourd'hui je reste le seul à avoir ajouté le film à ses envies...

On peut encore voir les quatre teasers :









Depuis, les Royal Donuts ont été bien moins actifs, il y a eu Tueurs, qui n'a duré qu'un épisode ; ensuite il semblerait que Julien War ait créé de son propre côté El Dirty Donut : http://eldirtydonut.over-blog.com/ 


Ça a donné Le mec de 1996 (4 épisodes) et No sex in the city (3 épisodes). Les concepts sont très différents, bien qu'on y retrouve toujours le même sens du rythme et le même humour débile mais tordant.
Mais il ne s'agit malheureusement que de séries vite abandonnées, avec à chaque fois, une ou deux personnes se plaignant en commentaire que ça ne continue pas.

Ce n'est qu'en me renseignant pour la rédaction de cet article que j'ai découvert que Julien War a co-écrit De l'autre côté du périph, la comédie avec Omar Sy.
On peut lire une interview de Julien ici : http://www.linternaute.com/homme/loisirs/1020407-no-sex-in-the-city-une-nouvelle-web-serie/1020411-julien-war-createur-de-la-serie

Mais leur long-métrage en commun, Starfuckers, que lui est-il arrivé ?!
Au fil du temps, à chaque fois que ces vidéos, ou autre chose, me faisait repenser avec nostalgie aux Royal Donuts, j'ai tenté de les contacter, par message privé sur leurs divers comptes Facebook, Youtube, ou Dailymotion, pour savoir ce qu'il était arrivé à Starfuckers.

Je n'ai jamais eu de réponse. Étant donné leur manque d'activité, est-ce parce qu'ils n'ont pas lu ?
Parce qu'ils ont eu la flemme de répondre ? Parce qu'ils préfèrent oublier ce qui a pu arriver à leur film ? Parce que, pour une quelconque raison légale, ils n'ont pas le droit de narrer ce qu'il s'est passé ?! Ou bien est-ce que tout cela n'a été qu'un gros canular depuis le début ?

Si on utilise le site Archive.org pour accéder au site de Starfuckers tel qu'il était à l'époque, on peut voir l'annonce d'une BO par Les Wampas, et le nom des producteurs, à savoir CinéCinéma et Mehdi Boukacem :
https://web.archive.org/web/20070324140853/http://www.starfuckers-lefilm.com/

C'est à partir de ce moment que j'ai décidé d'enquêter un peu, puisqu'une piste nouvelle se présentait à moi. Et puis, c'était l'occasion ou jamais, je ne pouvais boucler cet article sans la certitude d'être allé jusqu'au bout (de plus, ça fournissait une bonne excuse pour chercher des infos ; plutôt qu'un fan maniaque, je pouvais passer pour un blogueur qui fait bien son boulot).
En cherchant Mehdi Boukacem, je suis tombé sur le profil d'un réalisateur à la tête de la boîte Z-Art studio. Le site de sa société a disparu, mais en utilisant encore Archive.org, j'ai pu trouver une adresse mail. Qui ne fonctionne plus non plus.
J'ai ensuite vu que Boukacem était originaire du Havre, comme le duo des Royal Donuts ; ça ne pouvait être un hasard, et m'a encouragé à lui envoyer un message sur Facebook.
En parallèle, j'en ai envoyé un autre à Amaury Dupas, voyant au passage qu'un autre message envoyé presque 4 ans plus tôt, et concernant également Starfuckers, était resté sans réponse.
Mais là, Amaury m'a répondu, presque immédiatement.
Je dois dire que je ne m'y attendais pas.

Désillusion : Starfuckers n'était effectivement qu'un canular ; 10 ans après je découvrais enfin la vérité. Ça m'a pris presque autant de temps que pour le père Noël.
Toutefois, ayant enfin l'occasion de m'adresser à un des Royal Donuts, puis plus tard au second, j'y ai vu l'opportunité d'avoir des réponses à toutes mes interrogations.
En voici un condensé :

> Est-ce que vous souhaitiez depuis le départ travailler dans le cinéma ou l’audiovisuel ?
Amaury Dupas : Non, pas nécessairement, je prends toutes les choses de la vie comme elles viennent, expérience après expérience, et celle-ci en fut une très enrichissante à tout les points de vue.
Julien War : Oui, depuis que j’ai découvert La télé des inconnus à une dizaine d’années. J’étais d’abord fasciné par ces rigolos qui se déguisaient, leur air entraînant, puis leurs satires acerbes et leur dérision qui fait mouche… Mais je n’ai pas fait d’études dans ce sens. J’ai toujours appris seul, avec des livres surtout…

> Comment sont nés les Royal Donuts ? Et d’où vient ce nom ?
JW : Royal Donuts est né lorsque CinéCinéma (l’ancêtre de Ciné +) nous a commandé une série de sketchs. Au début nous étions trois, et lorsque nous sommes passé en duo, nous avons dû trouver un nouveau nom pour amorcer ce nouveau départ. Je ne me souviens absolument pas comment j’ai trouvé ce nom mais je sais que l’aspect visuel du donut et ses déclinaison m’attirait beaucoup !
AD : Pour le nom c’est juste un dérivé potache de la troupe Royal deluxe [NDR : troupe de théâtre de rue, habituée à faire défiler des marionnettes géantes dans les rues du Havre notamment]

> Est-ce que vous aviez fait d’autres créations vidéos avant Refais ton film préféré à la maison ?
JW : En effet, nous avions fait pas mal de vidéos avant cela, notamment en trio, sous l’appellation "Port Nawak". A l’époque on parodiait beaucoup la télé, un genre qui s’est vite galvaudé. Mon cousin a retrouvé quelques vidéos qu’il a mises en ligne récemment : https://www.youtube.com/watch?v=PBi_EsystaU&list=PLDuIVcfFGdOW-Xl3ZPUGu747tN_BHMQIF Ce sont nos débuts, donc pas forcément que du bon !

> Comment en êtes-vous arrivés à travailler pour CinéCinéma ? J’ai comme un vague souvenir d’avoir lu quelque part, il y a des années, que vous présentiez des séances de ciné ?
JW : Oui c’est a peu près ça. En 2002 j’avais contacté la ligue d’impro du Havre pour bosser sur des sketchs que je voulais réaliser. Une fois mon équipe montée, je suis allé démarcher des salles de ciné pour leur proposer de diffuser des sketchs avant les grosses avant-premières comme Le seigneur des anneaux. C’était la première fois que mon travail était diffusé dans une salle de ciné, un rêve devenu réalité.
AD : Je crois que tout ce qui a fait que les choses on connu un essor à un moment donné c’est grâce à Julien, il y a toujours mis une énergie incroyable pour parvenir à son but qui était de faire partie de ce milieu et j’estime aujourd’hui qu’il y est parvenu. Je suis admiratif de ça, et d’une manière générale envers ceux qui foncent vers leur rêve.

> Étant donné que j’ai toujours connu Refais ton film préféré à la maison sur internet, je n’ai jamais vu ces vidéos sur la chaîne. Dans quel contexte est-ce que c’était diffusé ; c’était des présentations qui précédaient les films ?
AD : Refais ton film préféré à la maison n’était pas dans la grille de programmation de la chaîne, il n y avait donc pas de rendez-vous prévu avec le public. C’était une pastille diffusée entre les trous dans la grille de programme en quelque sorte.

> De quand à quand est-ce que cela à duré ?
AD : J’dirais de 2003-2004 jusqu’en 2006-2007.

> Combien est-ce qu’il y avait d’épisodes de Refais ton film… ? Je crois qu’il n’y en avait que 5 disponibles sur internet.
AD : Honnêtement je ne sais plus mais il y en avait plus que 5, c’est certain.
JW : Je crois que les autres ont disparu, du net et de ma mémoire !

> Quand on revoit ces vidéos aujourd’hui, on a l’impression que c’est précurseur de ce qu’on peut trouver en masse sur Youtube maintenant, en terme de rythme, et par rapport à l’aspect didactique/tutoriel. Il me semble que les vidéos de Refais ton film… ont même précédé le film de Michel Gondry, Soyez sympas, rembobinez.
AD : Ça c’est bien vrai, on s’est même demandé si Gondry ne nous avait pas pompé le truc ! Mais bon soyons sérieux, je doute fortement qu’il soit tombé sur un de nos sketchs, mais j’avoue ce fut une sacrée surprise de voir ça.

> Est-ce qu’on trouvait déjà d’autres créations de ce genre à l’époque, dont vous vous seriez inspirés aussi, ou est-ce que c’était relativement nouveau ?
JW : Non, de mémoire Refais ton film... était une idée originale d’Amaury, et on a tout de suite été très emballé. On avait peut être 2 ans d’avance sur les films suédés de Gondry, et en effet par la suite, tout le monde a pensé qu’on s’en était inspiré…

> Est-ce que ces sketchs et passages à la télévision vous ont fait gagner une certaine notoriété à l’époque ? Est-ce qu’on vous a déjà reconnu dans la rue, par exemple ?
AD : Non, l’exposition médiatique était trop insignifiante, mais par contre ça nous a valu une certaine exposition dans la presse locale ; coupures de journaux et double-page dans le magazine municipal Océane.

> D’où est venue l’idée de Starfuckers ? Aussi bien le concept que l’idée d’en faire un canular (il faut encore que je m’en remette)
AD : L’idée originale venait de moi et Julien à développé le concept. Quant à la partie canular, elle était convenue dès le début, c’était en quelque sorte une tentative de buzz lorsque cela ne se faisait qu’avec la complicité de média influents.

> Étant donné que ce n’était donc pas réellement destiné à devenir un long-métrage, comment est-ce que vous avez convaincu les quelques stars qu’on voit dans les teasers ? (Amanda Lear, Thierry Lhermitte, Corbier)
JW : C’était sensé être un gros canular, mais à l’époque les réseaux sociaux n’existaient pas et la mayonnaise n’a pas pris ! J’ai contacté tous ces gens par mail, parfois en tapant des adresses au hasard. J’avais conçu un petit dossier de présentation. Je sais que Lhermitte a accepté car il est lui même un grand fan de canulars en tout genre.

> Sur le site, on peut voir en producteur CinéCinéma, et Mehdi Boukacem. Est-ce que vous pouvez parler davantage de la place que ce dernier a eu sur les divers projets des Royal Donuts, et comment vous l’avez connu ?
AD : Pour CinéCinéma, ils étaient d’accord pour jouer le jeu, et Mehdi est un ami de longue date de Julien qui faisait ses études dans une école pour devenir producteur. C’était d’ailleurs lui le gérant de Nemesis production, qui vendait les sketchs.

> Il existe une fiche Allociné de Starfuckers, est-ce que c’est l’un de vous qui l’a créée ?
AD : Pour la fiche Allociné c’est Julien qui avait une amie qui bossait là-bas, donc elle nous a filé un coup de main. Jean Yves Lafesse fait partie des personnes qui ont accepté de jouer le jeu comme Plastic Bertrand ou encore Valérie Lemercier.

> Jean-Yves Lafesse est crédité, mais il n’est pas dans les teasers ; est-ce qu’il devait participer à un autre moment ?
JW : Il devait le faire en effet mais n’a jamais donné suite à notre échange de mail.
> Après Starfuckers, si je ne me trompe pas, la seule, et dernière, création des Royal Donuts, c’est Tueurs, qui n’a duré qu’un épisode. Est-ce qu’il devait y en avoir d’autres ?
AD : Oui il devait y en avoir d’autres, on préparait ça pour notre rentrée sur Ciné Frisson, qui n’a finalement jamais eu lieu. Le milieu de la télé, quand on n’est personne, c’est compliqué d’exister. Les gens avec qui on avait collaboré pendant des années ne répondaient plus au téléphone ni aux mails. C’est comme ça, on n'était rien ni personne donc j’imagine qu’ils avaient autre chose à foutre.
 > Julien a ensuite créé "El dirty donut", mais sans Amaury cette fois.
AD : Oui, il était resté sur Paris et moi j’étais plus souvent au Havre ; des choses banales de la vie en quelque sorte, la fin d’une époque. Je dois quand même avouer que vers la fin je ne partageais plus vraiment le style d’humour auquel il aspirait donc la motivation en a pris un coup, et puis la réalité : devoir payer un loyer, se nourrir, tout ça quoi.
JW : C’était une tentative de blog qui rassemblerait les anciennes vidéos de Royal Donuts et des nouvelles, en solo. Mais je n’ai aucun talent pour la communication et je n’ai pas su persévérer !

> Pourquoi avoir arrêté si tôt Tueurs, Le mec de 1996 ou No sex in the city ? A voir les commentaires sous les vidéos, la réception était bonne et le public attendait la suite.
(dans mon cas, j’espère encore en voir plus)
JW : Peu de gens connaissent Tueurs ! C’était à la base un programme que l’on devait vendre a CinéCinéma pour une troisième saison, mais ils ont fermé les vannes. Dommage, Amaury me faisait beaucoup rire là-dedans.
Pour les autres, ce sont des tentatives solo et auto-produites pour capter l’attention, et surtout me faire plaisir. Mais c’était énormément de boulot et je ne pouvais pas faire bosser des gens dans la durée sans les rémunérer. Le succès était relativement au rendez-vous, mais pas suffisamment pour créer un vrai engouement qui m’aurait encouragé à persévérer. Je n’ai jamais eu de patience, c’est mon gros défaut.

> Est-ce qu’il y aurait d’autres webséries qui m’auraient échappé ?
JW : Oui, Thierry Levure, un concept récent dont les pilotes ont été financés par D8, mais suite au putsch de Bolloré on a fini à la poubelle… Il y a aussi Pat Claybard, avec mon compère Rémy Four... J'en ai fait tellement que j'en oublie ! [NDR : J'ai également découvert par la suite Danny Esteban, personnage d'agent artistique loser]



> Est-ce que ces webséries étaient pour vous un moyen de vous faire connaître ? Ou c’était juste pour le plaisir de créer quelque chose ?
AD : Les deux. Je pense que lorsqu’on fait ce genre de choses, c’est tout d’abord pour se faire plaisir, mais après s’il est possible d’en vivre, je crois que beaucoup ne refuseraient pas. Après la vraie notoriété ne me fait pas vraiment rêver en ce qui me concerne, en tout cas plus maintenant.
JW : Les deux, mon capitaine. Désormais je suis auteur réalisateur pour le cinéma. Je travaille avec un nouveau partenaire, Rémy Four. Désormais le web n’est plus qu’une cour de récré pour moi, et une façon d’occuper mes week-ends ! La différence c’est que désormais, il y a tellement de choix dans ce domaine qu’il faut sortir du lot avec un concept inédit, voire révolutionnaire. Je le cherche encore… 

> Julien, étant devenu scénariste depuis, est-ce que ces premières créations vous ont aidé à percer dans le milieu du cinéma ?
JW : Ça m’a permis de mieux me connaître, identifier mon propre humour, un ton que j’essaie encore d’affiner, et surtout de maîtriser la grammaire de l’humour. C’est un work in progress permanent…

> Amaury, j’ai vu que vous faisiez des clips pour MS2K Vidéo Production.
AD : MS2K Vidéo Production c’est la boîte que j’ai créé il y a deux ans, après six ans dans une agence de communication en tant que responsable du pôle image. Je travaille principalement pour des agences de com’ et d’évènementiel tout en continuant à me faire plaisir avec de petites réalisations plus perso, en attendant d’avoir toutes les conditions réunies pour réaliser mon premier court métrage dont j’ai vaguement imaginé le pitch. Une nouvelle aventure sans doute ! Pour la curiosité : https://vimeo.com/ms2k

> Est-ce que vous avez toujours l’envie de faire des sketchs ou des web-séries ?
AD : En ce qui me concerne, pas pour le moment, mais c’est un truc qui me branche.
JW : Oui, comme je disais au début je suis tombé dedans quand j’étais petit alors ça ne me quittera jamais. Les américains, même les grandes stars de l’humour comme Will Ferell ne s’en privent pas, via des sites comme Funny or Die et le SNL. Mais en France on trouve que l’humour est dégradant, appauvrissant intellectuellement. Alors je continuerai à concevoir des conneries, potaches ou absurdes, parce que tout simplement ça me fait rire.


Grâce à ces échanges, j'ai donc pu découvrir d'autres créations des Royal donuts, moi qui étais avide d'en voir toujours plus. Et Thierry Levure est de loin ce qui m'a le plus fait rire ; le concept est simple mais brillant : tous les personnages sont incarnés par des vidéos sur iPhone, dans des décors miniatures, pour des intrigues qui tournent à chaque fois autour des nouvelles technologies. Du coup, à l'humour absurde habituel s'allie cette fois un propos assez pertinent par moments.
Et encore une fois, quel regret que ça soit déjà terminé en une poignée d'épisodes, dévorés en un instant. Cette frustration persiste, et maintenant que je sais pourquoi tous ces concepts géniaux ont été tués dans l’œuf, j'ai l'impression qu'on a à plusieurs reprises retiré aux Royal Donuts leur chance de percer.
Mais j'ai découvert leurs créations étant ado, j'y reviens aujourd'hui et ça me plie toujours autant en deux. Il y a un sens de l'humour idiot, mais un vrai talent dans la mise en image des gags, de par l'efficacité du jeu, de la réalisation, et du montage.
Et je refuse de croire que des créations de qualité et leurs auteurs vont rester dans l'ombre ; je suis persuadé qu'une œuvre, quelle qu'elle soit, finit par remonter à la surface si elle est suffisamment bonne pour donner aux quelques personnes qui tombent dessus l'envie d'en parler. (de la même manière que je pense que Futurama est une série bien trop géniale pour rester annulée) Je pense que ce n'est qu'une question de temps, mais le grand public entendra un jour parler des Royal donuts ; probablement pas pour leurs sketchs et web-séries, en premier lieu du moins, mais sûrement pour leurs créations futures.

UPDATE : Environ une semaine après la publication originale de cet article, Julien War avait publié un nouvel épisode de Thierry Levure qui avait déjà été tourné mais jamais monté. Par la suite, tous les épisodes ont été ré-uploadé peu à peu sur Youtube. Malgré le très bon accueil dans les commentaires, des articles sur des sites comme Konbini ou Melty, une page Facebook qui a rapidement atteint les 2000 likes, ... au bout de quelques épisodes seulement, on pouvait voir parmi les commentaires le créateur déplorer qu'il ne gagnait pas assez rapidement en visibilité. Et donc depuis plus d'un an, plus aucun épisode.
Encore une fois, je pense que War aurait dû persévérer, surtout au vu des commentaires élogieux qui indiquaient une fanbase grandissante. Toutefois, Julien War continue sa carrière, il a été un des 4 scénaristes de Gangsterdam (oui... le film avec Kev Adams... qui a créé une petite polémique pour son humour sexiste et homophobe), toutefois je reste très curieux de ce qu'il pourra créer à l'avenir. Avec son comparse Rémy Four (co-créateur de Danny Esteban), ils tournent en ce moment un film pour Netflix, La grande classe, avec Jérôme Niel et Ludovik.
A suivre.